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Fraises espagnoles hors-saison

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Fraises espagnoles hors-saison Empty Fraises espagnoles hors-saison

Message  Fay-Fay Sam 19 Avr - 19:28

Bonjour à toutes,

Je ramène ma fraise avec les fraises espagnoles…
Pour ceux et celles qui ont pu manger des « fraises d'hiver » ces derniers temps,
prenez quelques minutes pour lire ci-dessous l'article très instructif de la revue Politis.

Bises écolos,
Agnès FF.

« D'ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises.
Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges, encore
verts près de la queue car cueillis avant d'être mûrs, et
ressemblant à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des
tomates...
Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après
tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir
acheté un produit qui se brade actuellement entre trois et six euros
le kilo sur les marchés et dans
les grandes surfaces, après avoir parcouru
1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont
16 000 par
an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz
d'échappement. Car la quasi- totalité de ces fruits poussent dans le sud de
l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du
Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et
nicheurs d'Europe.

Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF-France s'intéresse à
la marée
montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration
écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une
partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques).
Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les
écologistes espagnols, illustre la mondialisation "bon marché".

Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne
centaine
empiètent déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national.
Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées ; les autres
sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les
yeux en dépit des protestations des écologistes. Les fraisiers destinés à
cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive
plusieurs
années, sont détruits chaque année.

Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro
sont placés
en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur
production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la
microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le
premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les
gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005) ; le
second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il
bloque les alvéoles pulmonaires.

Qui s'en soucie?

La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main-
d'oeuvre
marocaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et logés dans des
conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des
serres en plastique recouvrant les fraisiers au coeur de l'hiver.

Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies
pulmonaires et
d'affections de la peau.
Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une
irrigation qui
transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont
alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon
illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région
d'Andalousie,
entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des
derniers lynx
pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la
région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition.
Comme
la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.

La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille
tonnes de
plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit
brûlées sur place. Et les ouvriers agricoles sont priés de retourner chez eux
ou de s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire
soigner à leurs frais au cas ou les produits nocifs qu'ils ont respiré...

La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel
étant vendu
dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de
moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans
l'esprit du
public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production
trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels
espagnols de
la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà
importées des pommes encore plus traitées que
Les pommes françaises... »


Par Claude-Marie Vadrot
Politis, jeudi 12 avril 2007

P.S. : Cet article dit peu des conditions de vie des saisonniers,
africains donc sans droit, qui y travaillent. L'Europe du commerce
défigure l'Andalousie en piétinant les fumeux Droits de l'Hombre…
(Ce PS est du copain qui m'a transmis l'article ; je l'aime bien, alors je l'ai laissé.)

Fay-Fay

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